De la Rate au Poumon : ce que la fin de l'été prépare en vous

Clément Swiatek··7 min de lecture
De la Rate au Poumon : ce que la fin de l'été prépare en vous

L'intersaison, l'automne, et le fil invisible qui les relie

Je vous avais promis, dans un précédent numéro, de vous parler de l'intersaison — cette cinquième saison discrète que le calendrier ne nomme pas. Le temps a passé, et voilà que la saison a déjà tourné : depuis quelques jours, autour du 7 août, nous sommes entrés dans l'automne. J'ai préféré faire ce que la médecine chinoise fait de plus juste : ne pas traiter ces deux moments comme séparés, mais raconter le passage de l'un à l'autre. Car l'intersaison n'est pas une saison à côté des autres. Elle est la charnière — et ce qu'elle prépare, c'est précisément l'automne dans lequel nous venons d'entrer.

La cinquième saison, ou l'art du passage

La pensée chinoise ne compte pas quatre saisons, mais cinq. Entre l'été et l'automne s'intercale une période brève, la fin de l'été — et, plus largement, des intersaisons d'une vingtaine de jours qui reviennent entre chaque saison. Toutes appartiennent au même mouvement : la Terre. Et la Terre, dans le corps, c'est la Rate.

Cette saison a un climat, l'humidité, et une couleur particulière : celle des journées encore chaudes mais alourdies, où l'air colle et le corps se traîne. C'est le moment de l'année où la digestion se fait paresseuse, où une lourdeur s'installe après les repas, où la pensée se fait moins nette. Rien d'alarmant : la Rate, qui transforme ce que nous mangeons en énergie disponible, a simplement un point faible, l'humidité — et la fin de l'été en est saturée, dans l'air comme dans nos assiettes trop froides et trop crues.

Mais la Terre n'est pas seulement la saison de la lourdeur. Elle est le centre, le point neutre autour duquel les autres saisons tournent. Elle est ce qui permet de passer d'un état à un autre. En cela, prendre soin de sa Rate en fin d'été n'est jamais un geste isolé : c'est préparer le terrain de ce qui vient.

Une saison en engendre une autre

La médecine chinoise décrit les cinq mouvements comme une chaîne où chacun nourrit le suivant. Le Bois engendre le Feu, le Feu engendre la Terre, et — c'est ce qui nous intéresse ici — la Terre engendre le Métal. Le Métal, c'est l'automne ; c'est le Poumon.

On dit ainsi que la Rate est la « Mère » du Poumon. Ce n'est pas une image poétique gratuite : il y a, derrière, une physiologie précise. La Rate extrait des aliments une première forme d'énergie, le Qi des aliments. Cette énergie monte à la poitrine, jusqu'au Poumon, où elle se mêle à l'air que nous respirons pour former ce que les textes appellent le Qi complexe — le souffle du thorax, celui qui anime à la fois la respiration et la voix.

Autrement dit : ce que vous mangez en cette fin d'été ne reste pas dans le ventre. Il monte, il devient une part de votre souffle. La qualité de votre digestion aujourd'hui se lit, quelques semaines plus tard, dans la qualité de votre respiration et de votre énergie. La mère nourrit le fils. Une Rate fatiguée fait un Poumon fragile — et il est courant, en clinique, de rencontrer les deux faiblesses ensemble.

Le souffle qui vous défend

Voici où le fil devient concret, et précieux à la porte de l'automne.

De ce Qi complexe formé au Poumon naît une autre énergie, plus subtile encore : le Qi protecteur. Les Chinois l'appellent Wei Qi — de wei, « défendre ». Il circule dans les couches les plus superficielles du corps, sous la peau, et c'est lui qui monte la garde contre les agressions venues de l'extérieur : le vent, le froid, tout ce qui, à l'automne et à l'hiver, cherche à s'introduire. C'est, pour le dire avec nos mots d'aujourd'hui, une bonne part de ce que nous appelons l'immunité.

Or ce Qi protecteur prend son origine au Poumon, et il provient directement du Qi complexe — celui-là même que la Rate a contribué à former en envoyant vers le haut le fruit de la digestion. La boucle se referme : une Rate bien soutenue en fin d'été fabrique un souffle plein, et ce souffle plein arme vos défenses pour la saison froide qui approche.

C'est pourquoi je dis souvent, en consultation, que l'immunité de l'automne se joue en partie dans l'assiette de la fin de l'été. Les rhumes à répétition de septembre, la fatigue des premiers coups de froid, cette sensation d'être « à découvert » quand le temps tourne — tout cela parle souvent d'un Poumon mal nourri par une Rate épuisée. Prendre soin de sa digestion maintenant, ce n'est pas un détail de confort : c'est un investissement pour les mois à venir.

L'automne du Poumon

Nous y sommes donc. L'automne, en médecine chinoise, est la saison du Métal et du Poumon. Son climat est la sécheresse ; sa saveur, le piquant ; son orientation, l'ouest, là où le soleil décline. Après l'expansion et la chaleur de l'été, quelque chose se retourne : l'énergie cesse de monter et de s'épandre, elle commence à descendre et à se rassembler. Le Poumon, justement, fait descendre le Qi — il l'envoie vers le bas, vers les Reins qui le mettront en réserve pour l'hiver. L'automne est une saison d'intériorisation, comme une longue inspiration que le corps retiendrait.

Le Poumon gouverne le souffle, mais aussi la peau et les pores — cette frontière entre le dedans et le dehors. Il diffuse les liquides jusqu'à la surface pour que la peau garde son éclat et sa souplesse. C'est pourquoi la sécheresse de l'automne se lit souvent d'abord sur la peau, sur les lèvres, dans la gorge, dans le nez.

Et parce que chaque organe abrite une part de notre vie intérieure, le Poumon a son émotion : la tristesse, la mélancolie, ce léger chagrin des feuilles qui tombent. Il n'y a rien d'anormal à sentir, à l'automne, une note plus grave, un besoin de se recentrer, de faire le tri, de laisser partir ce qui doit partir. C'est la saison qui le demande. La rentrée, avec son rythme qui reprend d'un coup, tombe précisément dans ce moment de bascule — d'où cette impression, souvent, d'être sommé d'accélérer alors que le corps, lui, aspire à ralentir et à se rassembler.

Accompagner le passage

Comment traverser ce moment sans le subir ? En épousant le mouvement plutôt qu'en le forçant.

Côté table, on finit de soutenir la Rate et on commence à préparer le Poumon — les deux gestes se prolongent naturellement. On garde des repas cuits, tièdes, de saveur douce, qui ménagent la digestion : courges, carottes, patates douces, céréales bien cuites. Et l'on introduit ce qui humidifie, pour répondre à la sécheresse qui vient : poire, raisin, figue, un peu de miel, sésame, noix. Une pointe de saveur piquante douce — un peu d'oignon, de radis — aide le Poumon à diffuser, sans jamais forcer : le piquant fort, l'alcool, les aliments desséchants et torréfiés, eux, épuisent le Poumon plutôt qu'ils ne le soutiennent. Et l'on continue d'éviter ce qui charge inutilement la Rate : le cru, le glacé, les excès de sucre et de gras.

Côté corps, l'automne est la saison du souffle par excellence. C'est le moment idéal pour redonner de l'ampleur à la respiration — quelques minutes par jour suffisent à réveiller le Poumon et à faire redescendre l'énergie. Le Qi Gong, dont je vous ai déjà parlé, trouve ici tout son sens : réguler le souffle, c'est réguler l'organe de la saison. Pensez aussi à protéger la nuque et le haut du dos des premiers vents froids — c'est par là que le Poumon se laisse le plus facilement prendre.

Côté esprit, enfin, laissez la saison faire son travail. L'automne invite à ralentir, à se recentrer, à alléger. Ce n'est pas de la paresse, c'est de la justesse. Après un été où le corps s'est déposé, la rentrée n'a pas à être une accélération brutale : elle peut être une reconstruction progressive du rythme, comme on réapprend à respirer amplement.


Voilà le fil que je voulais vous montrer. L'intersaison que je vous avais promise n'était pas un moment isolé : elle était la porte. Ce que la Terre rassemble en fin d'été, le Métal le dépense en automne ; ce que la Rate a nourri, le Poumon le respire et le protège. Rien, dans le corps, n'est vraiment séparé — les saisons se passent le relais en nous comme au-dehors.

Et la sagesse, à chaque bascule, tient peut-être en peu de mots : soutenir l'organe qui travaille, alléger ce qui doit partir, et suivre le mouvement de l'année plutôt que de lutter contre lui.

Envie d’en parler de vive voix ? Je vous reçois à Villemur-sur-Tarn (lundi, jeudi) et à Montauban (mercredi).

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Article rédigé par Clément Swiatek, praticien en Médecine Traditionnelle Chinoise (École Cheng Xin, membre UFPMTC). Publié le 10 août 2026. La médecine traditionnelle chinoise ne remplace ni votre suivi médical ni vos traitements : seul votre médecin peut les modifier ou les arrêter.

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